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Sois
bon envers ton voisin, tu seras un (parfait)
croyant...
Être musulman, c'est une
triple façon d'être… C'est d'abord et avant
tout une façon d'être envers le Créateur ;
c'est ensuite une façon d'être envers les
créatures, vivantes ou inertes ; c'est enfin
une façon d'être envers soi-même. Nous
avions initié il y a quelques temps l'étude
d'un Hadith qui présente justement quelques
conseils importants concernant chacune de
ces trois facettes de la personnalité du
musulman.
Le premier de ces conseils portait sur
l'attitude à avoir envers le Créateur tandis
que le second était en rapport avec le lien
que le musulman doit entretenir avec les
choses de ce monde.
Nous allons désormais nous
concentrer sur le troisième enseignement,
qui concerne, lui, une dimension de la façon
d'être avec ceux qui nous entourent. Le
Prophète Mohamed sws dit :
"Adopte "al ihsân" envers ton
voisin, tu seras un croyant (complet)."
Le Messager d'Allah sws met
ici l'emphase sur l'attitude que le musulman
doit adopter à l'égard de son voisin : des
oulémas précisent que le terme "djâr"
employé ici désigne bien évidemment celui
qui habite à proximité, mais également toute
personne que nous côtoyons, que ce soit
durant le travail, pendant les études, au
cours du voyage, etc…
En revenant vers l'ensemble des références
traitant de ce sujet, il ressort que chacun
a, à ce niveau, trois devoirs fondamentaux :
Le premier est justement
celui qui est souligné dans le présent
Hadith, en l'occurrence le devoir de
bienveillance (al ihsân). Le musulman
doit ainsi toujours s'efforcer d'adopter une
attitude positive et un comportement
empreint de bonté envers son voisin, et ce,
par exemple :
- -
en le
traitant avec considération et respect. Abou
Houraïra (radhia Allâhou anhou) rapporte que
le Prophète Mohamed sws a dit :
"Celui
qui croit en Allah et au Jour Denier, qu'il
honore son voisin."
(Boukhâri et Mouslim)
- -
en
manifestant de la générosité à son égard. A
une occasion, le Messager d'Allah sws avait
exhorté l'un des ses Compagnons (radhia
Allâhou anhou), Abou Dharr (radhia Allâhou
anhou), en ces termes :
"Lorsque
tu prépares un bouillon, augmentes-y la
quantité d'eau puis offres-en un peu à une
famille de ton voisinage."
(Mouslim)
A une autre occasion, le
Prophète Mohamed sws s'était adressé aux
musulmanes et leur avait dit :
"Qu'aucune femme ne méprise
(le cadeau qu'elle peut offrir) à sa
voisine, même s'il s'agit (de quelque chose
d'aussi insignifiant qu')une patte de
mouton."
(Boukhâri et Mouslim)
- -
ou
encore, en lui apportant l'assistance et le
soutien moral ou matériel dont il peut avoir
besoin. Anas (radhia Allâhou anhou) rapporte
que le Prophète Mohamed sws a dit :
"N'a pas
cru en moi celui qui dort repu tandis que
son voisin, à côté de lui, a faim et il est
au courant de cela."
(Mousnad Bazzâr – Authentifié
par Al Albâni).
Il est très important de souligner cependant
que l'expression du bon comportement envers
le voisin doit se faire dans le strict
respect des impératifs du droit musulman,
notamment en ce qui concerne les limites
imposées dans les contacts avec les
personnes du sexe opposé. Il est par exemple
évident que la façon d'exprimer sa
courtoisie ne sera pas du tout la même pour
un homme à l'égard d'une voisine qu'à
l'égard d'un voisin : Les règles au niveau
du contact visuel, de la façon de converser
avec chacun d'eux sont bien évidemment
différentes et doivent être scrupuleusement
respectées… Si je prends la peine d'insister
sur ce point, c'est simplement parce que
chaytân et son allié, notre nafs
ammârah (facette de l'égo qui inspire
fréquemment le mal), peuvent aisément
nous pousser à la transgression à ce niveau,
et ce, sous couvert des meilleurs
intentions, en nous exhortant par exemple à
adopter une bienveillance -ihsân- à
deux vitesses qui ferait que :
- l'on présente à une voisine un grand salut
décoré par notre plus beau sourire, alors
que pour un voisin, on se contente la
plupart du temps d'un simple et rapide "salam…
ou bonjour"…
- l'on soit pris d'une grande
compassion lorsqu'on voit une voisine porter
deux sacs et que l'on soit donc toujours
prêt à lui proposer son aide, alors que,
dans le même temps, si nous voyons un voisin
peiner pour transporter quelque chose de
bien plus lourd chez lui, on est bien moins
prompt à lui venir en aide…
Le second devoir envers le
voisin consiste à éviter de faire quoique ce
soit qui puisse lui causer du tort. Le
Prophète Mohamed sws a tenu des propos des
sévères concernant celui qui nuit à son
voisin ; il a dit :
"Par
Allah ! N'est pas croyant ! Par Allah !
N'est pas croyant ! Par Allah ! N'est pas
croyant (...) celui dont le voisin n'est pas
à l'abri de ses méfaits."
(Sahîh oul Boukhâri)
Cela implique par exemple que l'on soit
particulièrement vigilant au bruit que nous
faisons (surtout lors des heures de
repos), à la façon dont nous nous garons
devant chez lui, à l'entretien de l'espace
qui se trouve à proximité immédiate de sa
propriété… C'est souvent en raison de
la négligence dont on se montre coupable par
rapport à ces points (considérés
fréquemment comme étant des détails, mais
qui, en réalité, sont très importants)
que des tensions durables apparaissent entre
voisins.
Et il faut savoir que les
nuisances causées au voisin peuvent avoir
des conséquences terribles… Elles peuvent
annuler complètement l'effet positif de
toutes nos bonnes actions nafl -non
obligatoires, comme en témoigne le récit
suivant :
Abou Houreirah (radhia Allâhou anhou)
raconte ainsi qu'un homme questionna un jour
le Prophète Mohamed sws en ces termes :
"(Que penser d')
unetelle (qui) est réputée pour son grand
nombre de salât, de jeûnes et de dons
(surérogatoires), mais elle cause du tort à
ses voisins par ses propos…." Le
Prophète Mohamed sws répondit : "Elle est
dans le Feu !" (étant donné qu'elle
s'efforce, d'un côté, d'accomplir ce qu'il
est permis d'abandonner, tandis que, de
l'autre côté, elle ne se gêne pas à faire ce
qu'il est obligatoire de délaisser…) Il
(l'homme) demanda (alors) : "(Et qu'en
est-il d') unetelle (autre) qui est (plutôt)
connue pour son petit nombre de jeûnes,
d'aumônes et de prières. Elle donne
(seulement en aumône) des morceaux de
fromage. Néanmoins, elle ne cause pas de
tort à ses voisins par ses propos." Le
Prophète Mohamed sws dit alors : "Elle
est au paradis." (étant donné que
l'essentiel, dans la pratique du dîn,
consiste à faire ce qui est obligatoire et à
s'abstenir de ce qui est interdit : et c'est
justement ce que fait cette seconde femme.
Il n'y a en effet pas vraiment d'intérêt à
se focaliser exclusivement sur ce qui est
secondaire et à délaisser complètement ce
qui est fondamental, comme nous l'avions
souligné lors de notre précédente
intervention…) (Sahîh Ibnou Hibbân)
Par ailleurs, il existe des
Hadiths qui montrent que la gravité de
porter atteinte aux droits sacrés d'autrui
est encore plus grave lorsque c'est le
voisin qui en est la victime. Ainsi le
Prophète Mohamed sws a dit en ce sens que le
fait de faire le zinâ avec la femme
de son voisin est dix fois plus grave que le
zinâ avec n'importe quelle autre
femme. Et voler son voisin est également dix
fois grave que voler n'importe qui d'autre.
(Sens d'un Hadith
rapporté par Miqdâd (radhia Allâhou anhou)
et authentifié par Al Albâni).
Le troisième devoir envers le voisin
consiste à s'efforcer de faire preuve de
retenue et de supporter avec patience quand
celui-ci a une attitude désagréable et se
comporte mal envers nous. C'est ce que
Hassan Al Basri (rahimahoullâh) disait :
"La bonne compagnie avec les
gens du voisinage ne consiste pas
(simplement) à s'abstenir de nuire; elle
consiste (aussi) à supporter (avec patience)
le tort (qui nous est causé)."
Ce devoir est certainement le plus difficile
des trois… mais c'est aussi celui qui est
probablement le plus méritoire. Abou Dharr (radhia
Allâhou anhou) rapporte que le Prophète
Mohamed sws a cité à une occasion trois
personnes qu'Allah swt aime ; parmi
celles-ci, il a mentionné :
"L'homme
qui a un mauvais voisin qui le nuit, mais
qui fait preuve de patience par rapport au
tort qui lui est fait, et ce, jusqu'à ce
qu'Allah le mette à l'abri (de ces méfaits)
pendant qu'il est encore en vie ou après sa
mort."
(Tabrâniy).
Voici donc de façon synthétique ce que nous
enseignent nos références par rapport aux
droits du voisin. Avant de conclure, je
tiens à souligner encore deux points :
- Tout d'abord, le devoir d'al ihsân
envers le voisin s'applique bien évidemment
quand celui-ci est musulman, mais il doit
également être respecté lorsque celui-ci ne
partage notre foi. On rapporte ainsi au
sujet de Abdoullâh Ibn 'Amr (radhia Allâhou
anhou) que, lorsqu'on égorgeait un animal
pour le faire cuire chez lui, il (radhia
Allâhou anhou) s'assurait à ce qu'une partie
de celui-ci soit offert à son voisin qui
était juif, en rappelant les propos suivants
du Prophète Mohamed sws :
"Djibrail (alayhis salâm) m'a tellement
interpellé au sujet du voisin que j'ai
crains que celui-ci soit désigné comme
héritier."
Et il faut bien comprendre
que, pour que les non musulmans apprennent à
apprécier l'Islam à sa juste valeur, aucun
discours ne pourra jamais égaler le respect
des différents enseignements que nous avons
vu. Dans les conditions actuelles, où
l'Islam et les musulmans sont constamment
dénigrés, on peut disserter ou discourir
pendant des heures sur les enseignements
altruistes, magnanimes et humanitaires de
notre religion avec les non musulmans, mais
si ces qualités sont absentes de notre
comportement, notre propos aura bien peu
d'effet, étant donné que c'est sur nos actes
que nous sommes jugés par ceux qui nous
entourent.
- Cette réflexion que nous
avons menée sur l'importance des devoirs
envers le voisin doit nous rappeler un autre
devoir encore plus important : celui du bon
comportement envers celle qui est bien plus
proche de nous… c'est-à-dire notre épouse.
Quant on constate avec quelle insistance le
Prophète Mohamed sws a exhorté les musulmans
à faire preuve d'ihsân et à ne pas
nuire celui qui habite à proximité, on peut
aisément déduire la bienveillance dont ont
doit témoigner envers celle qui vit avec
nous… Se montrer désagréable avec elle peut
très rapidement transformer sa vie en un
véritable calvaire. Pourtant, il faut
reconnaitre que, dans la vie quotidienne,
nous accordons bien moins d'importance au
bon comportement envers notre épouse
qu'envers les personnes étrangères. On ne
voit souvent aucun problème à faire
gratuitement des choses qu'elle n'aime pas,
qui la dérangent ou qui lui cause du tort…
en oubliant que le
fait de la nuire injustement est tout aussi
harâm (et représente un péché kabîrah)
que porter préjudice à n'importe quel
autre musulman.
Source : La
page de l’islam |